Mine Jeffrey doit patienter avant le feu vert - Québec retarde sa décision sur la demande d'une garantie de prêt de 58 M$.
Le ministère du Développement économique ne rendra pas avant quelques semaines sa décision dans la demande de garantie de prêt de 58 millions $ de Mine Jeffrey, destinée à financer la mise en exploitation de sa mine souterraine de chrysotile.
Et cela bien que le président de Mine Jeffrey, Bernard Coulombe, avait le 1er juillet comme date butoir.
«Nous allons rendre une réponse d'ici quelques semaines. Il est important de s'assurer de la rentabilité du projet si on injecte des sommes aussi importantes», fait valoir Monique Gagnon-Tremblay, présidente du Conseil du trésor et ministre responsable de l'Estrie.
Elle ajoute que l'utilisation sécuritaire du chrysotile est également au centre des préoccupations du gouvernement.
«Une des demandes du ministère est que Mine Jeffrey nous assure que les pays qui vont faire affaires avec la compagnie se dotent d'un protocole d'utilisation sécuritaire (du chrysotile)», ajoute-t-elle.
Bien que présentée par ses défenseurs comme une fibre nettement moins dangereuse que l'amiante, le chrysotile est néanmoins au coeur d'une controverse internationale quant à ses risques pour la santé.
De nombreux scientifiques et spécialisates de la santé dans le monde, et même la Société canadienne du cancer, s'opposent à son exploitation et à son exportation vers les pays en émergence.
Mme Gagnon-Tremblay reconnaît que les difficultés financières de Mine Jeffrey, qui avait dû se prévaloir de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, en 2002, tout comme les intenses campagnes de sensibilisation des opposants au chrysotile pèsent dans la balance.
«Il y a des opinions différentes, mais le gouvernement du Québec défend une utilisation sécuritaire du chrysotile et nous avons, en Estrie, une entreprise qui peut employer 450 personnes dans une ville qui en a grand besoin», fait-elle valoir.
Avec l'aide de la Coopérative des travailleurs miniers, Mine Jeffrey a investi 130 millions $ pour la construction de sa mine souterraine à la fin des années 90. Mais celle-ci n'a jamais été exploitée en raison de la crise asiatique et des difficultés financières de la compagnie.
Mais, aujourd'hui, alors que le marché mondial du chrysotile est de deux millions de tonnes par année, la compagnie souhaite mettre exploitation ses installations souterraines et produire 200 000 tonnes de minerai par année, destinées à ses clients asiatiques.
Les travailleurs syndiqués de Mine Jeffrey ont approuvé en juin une convention collective de travail de cinq ans.
De plus, une coalition d'organismes et d'entreprises d'Asbestos s'est engagée à verser 1,6 million $ à la Coopérative des travailleurs miniers si le gouvernement approuve la garantie de prêt demandée pas la compagnie.
Source : La Tribune, Sherbrooke, samedi 3 juillet 2010.